Feu Doudou (la Traviata bâillonnée)
- Dis-donc, Doudou, faudrait que tu repartes au turbin maintenant. Parce que plus tu t’empoussières et moins je m’envole.
- Je suis à bout, ma jolie. Usé jusqu’à la corde. J’ai peluché, j’ai bouloché, j’ai même sorti la mousse pour les grands soirs. Approche voir, et touche ma ficelle. On ne fait pas du clinquant avec du vieux blasé, range-moi donc dans une boite pailletée et laisse-moi dormir toute une vie.
- T’avais promis Doudou.
- Les promesses, laisse-moi rire.
- Je ne veux pas rire, je veux rêver. J’ai trop de nuits glougloutantes et de charriots à pousser. Fais-moi encore rêver.
- Je m’en fous. T’auras plus qu’à ramer comme les autres parce que je suis vide je te dis.
- …
- Je me suis déglingué à te décharger du rêve, mais t’as choisi de déblayer le terrain pour faire place honnête. T’as voulu du bonheur tout brillant tout propre, alors qu’il fallait viser les pleins phares sur moi, moi et re-moi. J’aurais voulu que tu m’inspires, que tu me lèches l’oreille et les orteils, que tu me malaxes d’amour sur des airs de Traviata. Fallait me susurrer du Choin! Choin! Choin! M’égosiller, me servir bien avant les autres et le cul à l’air. T’as préféré me trimballer bâillonné et me débrailler sans caresse. T’as préféré la vraie belle vie. Tu m’as trop fait chuchoter, je ne sais plus chanter.
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ouimaispastrop a publié ce billet
