Don’t worry, life is easy de nuit.
Don’t worry, life is easy de nuit.
I remember you talked too loud about a place in your head. I remember I cried out loud for all the things you said.
- Dis-donc, Doudou, faudrait que tu repartes au turbin maintenant. Parce que plus tu t’empoussières et moins je m’envole.
- Je suis à bout, ma jolie. Usé jusqu’à la corde. J’ai peluché, j’ai bouloché, j’ai même sorti la mousse pour les grands soirs. Approche voir, et touche ma ficelle. On ne fait pas du clinquant avec du vieux blasé, range-moi donc dans une boite pailletée et laisse-moi dormir toute une vie.
- T’avais promis Doudou.
- Les promesses, laisse-moi rire.
- Je ne veux pas rire, je veux rêver. J’ai trop de nuits glougloutantes et de charriots à pousser. Fais-moi encore rêver.
- Je m’en fous. T’auras plus qu’à ramer comme les autres parce que je suis vide je te dis.
- …
- Je me suis déglingué à te décharger du rêve, mais t’as choisi de déblayer le terrain pour faire place honnête. T’as voulu du bonheur tout brillant tout propre, alors qu’il fallait viser les pleins phares sur moi, moi et re-moi. J’aurais voulu que tu m’inspires, que tu me lèches l’oreille et les orteils, que tu me malaxes d’amour sur des airs de Traviata. Fallait me susurrer du Choin! Choin! Choin! M’égosiller, me servir bien avant les autres et le cul à l’air. T’as préféré me trimballer bâillonné et me débrailler sans caresse. T’as préféré la vraie belle vie. Tu m’as trop fait chuchoter, je ne sais plus chanter.
Mais que t’importe le sens du vent tant que les carillons carillonnent ?
Allez savoir pourquoi, j’ai une bonne grosse tête de conseilleuse. Aussi loin que je m’en souvienne, on m’a toujours demandé conseil. Famille, amour, patrie, qu’en penses-tu, qu’en dis-tu ?

Donc longtemps je me suis couchée de bonne heure et j’ai conseillé. Sachez pourtant que je ne suis ni oracle, ni charcutière, ni experte en rien. Je ne connais ni plus ni moins de succès ou d’échecs que le tout-venant.
Je dois certainement avoir le look, l’attitude ou le sourcil droit qui sait. Ou peut-être que mon insubconscient en personne hurle par tous mes pores que j’ai besoin de donner mon avis. Que je pourrais mourir dans l’heure si on ne me demande juste rien. Ou peut-être sais-je m’entourer avec talent de solliciteurs d’opinions éclairées (pfff, haussage dudit sourcil).
Or donc je déclare solennellement que je ne compte pas dépenser fortune en psys de toutes obédiences pour comprendre pourquoi cela doit vous convenir mademoiselle. Je ne cherche pas non plus à me faire rémunérer pour mes prestations hasardeuses – ici, on rase gratis.
Je souhaiterais juste informer les passants et les restants que non merci, c’est gentil, mais je ne sais pas.

Because the world is round it turns me on
Mais si tu fais ça, ils vont s’en rendre compte, c’est obligé. Et te mettre au placard, t’es foutu.
Tu parles ! Qui osera me placarder ? Ceux qui m’ont choisi parce que je décore vaillamment leurs galons de pacotille ? Ceux qui m’aiment bien, comme un vieux doudou qui a toujours été un peu là, à câliner ? Ceux qui ont imaginé que je leur serais soumis, que je leur serais dévoué ? Que je leur essuierais les bottes, comme ça, avant qu’ils n’entrent en scène ?
Suceurs de sang. Fous. Minuscules tout-puissants. Ils ne savent ni me prendre en mesure ni me donner à mesure. Ne pensent qu’à flatter mes courbes et me lamper goulument.

There are flowers in my room and they don’t need a job ; they just need time to grow and die.
Tout se passera très vite. Tout se passe toujours très vite. Ils leur prendront les clés avec un sourire un peu attendri. C’est-à-nous-maintenant-copropriété-incluse s’inscrira tout en bonté sur leurs deux fronts. Et cet air gonflé de calme qu’ont les nouveaux propriétaires qui n’ont rien volé à personne les soulèvera très légèrement au-dessus du parquet.
